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PROGRAMME

Argumentaire scientifique

Avec près de sept millions d’exemplaires vendus et des traductions dans soixante langues, L’Étranger(1942), premier roman d’Albert Camus, est le best-seller absolu en format de poche en France, devant une autre œuvre  mythique de la littérature française, Le Petit Prince (1943) d’Antoine de Saint-Exupéry.  « Aujourd’hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas ». Pour Sartre, L’Étrangerde Camus était « le meilleur livre depuis l’armistice ». Dernièrement, plusieurs publications ont remis le roman au cœur de l’actualité : dans un ouvrage récent, Alice Kaplan (University of Chicago Press/Gallimard, 2016 ) retrace étape par étape la gestation, l’écriture, la publication et la diffusion de ce livre qui, en dépit des innombrables commentaires dont il a été l’objet, garde sa part de mystère. 

L’Étranger se caractérise par une forme narrative singulière : grâce à l’emploi du « je », et à l’apparente simplicité d’un langage transparent, consignant les faits, le texte emprunte au genre du journal intime. À en croire Sartre (Situations I, 1957) et Robbe-Grillet (1960), c’est un ouvrage qui a retenu l’attention des linguistes et des littéraires par son traitement de la temporalité. Le rapport au temps du personnage principal, Meursault, est en question : il ne fait ni d’incursion dans son passé, ni de projection dans un futur souhaité ou simplement imaginé. « […] Une phrase de L’Étranger, c’est une île. Et nous cascadons de phrase en phrase, de néant en néant. […] », écrit Sartre (p. 109), qui poursuit en parlant de « technique américaine » dont s’inspire Camus :  « […] Ce que notre auteur emprunte à Hemingway, c’est donc la discontinuité de ses phrases hachées qui se calque sur la discontinuité du temps […] ». Et bien sûr, « […] C’est pour accentuer la solitude de chaque unité phrastique que M. Camus a choisi de faire son récit au passé composé. [A l’inverse,] le passé défini (= passé simple) est le temps de la continuité […] ». Le nombre de passés composés dans le roman s’élève à 1.754, par rapport à seulement sept passés simples, sur un nombre total de mots de 32.400. 

La temporalité : l’emploi dominant du passé composé

Un grand nombre de grammaires de référence du français contiennent un encart consacré au passé composé dans L’Étranger : Grammaire critique du français (Wilmet, 1997), Grammaire méthodique du français (Riegel et al., 1994), etc.  Tandis que le passé simple est le temps narratif par excellence (il s’accorde parfaitement à l’exigence de relation de progression narrative), le passé composé, selon de Swart et Molendijk (2002 : 203), « n’est pas authentiquement narratif : bien qu’il accepte d’être employé dans des contextes narratifs, le passé composé n’introduit pas d’ordre temporel entre les événements rapportés […] ». Plusieurs auteurs notent en effet qu’avec le passé composé, la fluidité du récit se perd et chaque procès apparaît non pas comme ouvert sur le suivant mais comme refermé sur lui-même. Pour sa part, Weinrich (1973) précise que le passé composé est un temps de la rétrospection, se prêtant mal à la continuité narrative, et qu’on doit recourir, en compensation, à des adverbes de continuité narrative comme puis, alors, etc.

L’utilisation du passé composé constitue une des grandes originalités de L’Étranger : il est le temps de l’oralité, de la rétrospection, il nie la littérature en faveur de la réalité. Associé à la première personne, il nous plonge dans une action vécue, mais il isole et fige le procès, le coupe de toute relation antérieure ou ultérieure avec d’autres procès. D’après Sartre (ibid., p. 6), une phrase au passé composé comme « […] “Il s’est promené longtemps” dissimule la verbalité du verbe ; le verbe est rompu, brisé en deux : d’un côté nous trouvons un participe passé qui a perdu toute transcendance, inerte comme une chose, de l’autre le verbe “être” qui n’a que le sens d’une copule, qui rejoint le participe au substantif comme l’attribut au sujet ; le caractère transitif du verbe s’est évanoui, la phrase s’est figée ; sa réalité, à présent, c’est le nom. Au lieu de se jeter comme un pont entre le passé et l’avenir, elle n’est plus qu’une petite substance isolée qui se suffit […] ».

Objectifs du colloque :

Ce colloque se donne pour objectif premier d’étudier plus en détail les « tiroirs verbaux »  (Damourette & Pichon) utilisés dans le roman, en particulier l’usage narratif du passé composé, mais aussi celui de l’imparfait et du plus-que-parfait, dans une optique comparative monolingue, mais également contrastive, en les comparant aux formes aspectuo-temporelles utilisées par d’autres langues dans les traductions publiées du roman. Cette méthode de linguistique contrastive, qui consiste à étudier les équivalents de traduction d’une forme donnée, constitue un moyen fiable d’en cerner le spectre fonctionnel, d’après Furko (2014). Selon Guillemin-Flescher (1981), les traductions sont signifiantes si elles sont systématiques. Il s’agira donc d’éclairer les systèmes TAME de langues typologiquement aussi diverses que possible à partir d’un « petit » corpus unique, corpus littéraire écrit authentique du français du milieu du XXe siècle. Toutes les approches théoriques d’investigation des phénomènes langagiers sont les bienvenues – les théories aussi bien formelles (grammaire générative, de sémantique formelle, approches lexicalistes, etc.) que basées sur l’usage (grammaire cognitive, fonctionnelle, des constructions, de l’énonciation).

Appel à propositions 

Nous invitons toutes les propositions, dans les domaines proprement linguistique mais aussi traductologique, qui porteront sur les sujets suivants :

- la traduction des divers « tiroirs verbaux » du roman (les systèmes temporels, aspectuels, modaux et évidentiels), dans des langues typologiquement différentes.

 - Toute étude sur la temporalité, la structure des phrases et le lexique, l’utilisation des circonstants temporels et aspectuels, dans la langue source ou dans les langues cible.

- Dans une perspective plus littéraire, nous invitons également des propositions qui s’interrogeraient sur la temporalité problématique, comme statique, du roman de Camus, qui concourt largement à l’étrangeté de sa forme narrative. En cela, L’Étranger échappe au code romanesque traditionnel : comme le fait Sartre (1960), il convient de questionner sur le genre du texte, d’étudier en quoi Camus s’est inspiré de la « technique américaine ».  Il s’agira en somme d’éclairer à la fois la spécificité des formes TAME du français dans le roman, et de prendre la mesure de la diversité des systèmes TAME dans d’autres langues.

 

Les résumés anonymisés sont à soumettre via Sciencesconf.org avant le 01 mai 2017.

Un résumé de 400 mots (références non comprises) en français ou en anglais précisera la problématique de recherche, la méthodologie, les résultats ainsi que la ou les perspectives adoptées parmi celles définies plus haut.

 

Séances plénières

Laurent Gosselin, Université de Rouen.

Alice Kaplan, Université de Yale.

Sandra Smith, Universités de Columbia et de New York (NYU)

Henriette de Swart, Université d’Utrecht.

 

Dates importantes

01 février 2017: début de soumission des résumés

01 mai: fin de soumission des résumés

26 juin : notification d’acceptation

01 juillet-15 novembre : inscription au colloque

 

   

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